Refaisons l’image de notre pays


Le plus souvent, on attribue l’adjectif grand(e) devant peuple, nation et pays pour les décrire ou les distinguer parmi d’autres. Dans une certaine mesure, nous devons dire qu’être grand, s’agissant bien sûr d’un pays, peut être relatif. Ou du moins, cette grandeur dépendra certainement du contexte dans lequel on parle. Car, un pays peut être grand par rapport à son économie, à sa force militaire, à sa politique étrangère ou même à sa superficie.

Il est important de signaler que même lorsqu’un pays est au premier échelon de toute l’échelle économique mondiale, cela ne fait pas pour autant de ses habitants un grand peuple, encore moins le plus heureux. C’est le cas des Etats Unis d’Amérique dont le produit intérieur brut (PIB) dépasse celui du pays qui vient en deuxième position de 6 444 milliards de dollars, mais dont 90 millions d’Américains sont actuellement dans la pauvreté ou au seuil de la pauvreté.

Si l’on évalue les Etats Unis dont le président de merde a qualifié Haïti et d’autres pays africains de pays de merde, on verra qu’ils n’obtiennent même pas la moyenne sur 10 dans de nombreux domaines importants. Par exemple, ils viennent en neuvième position s’agissant du produit intérieur brut par capita, en quinzième rang parmi les pays dont les peuples sont les plus heureux. Selon la dernière étude faite par le Programme International d’Évaluation des Compétences (PISA en Anglais), le pays de Donald Trump ne se figure même pas parmi le Top 25 des pays au système éducatif le plus performant. Alors, un pays comme les États-Unis dont les dépenses militaires annuelles s’élèvent à près de 700 milliards de dollar tandis qu’une grande partie de sa population ne peut même pas se payer le luxe d’être couverte par l’assurance maladie est, à notre avis, un grand petit pays.

Il est indéniable que le coin de terre que nos ancêtres nous ont rétrocédé est un petit pays qui n’a ni les infrastructures, ni les ressources économiques que les États-Unis possèdent, encore moins leurs capacités militaires. Cependant, nous sommes un peuple hospitalier, paisible et courageux. Nous sommes un peuple qui a fait l’histoire, une grande histoire. Un peuple qui a toujours compris et qui comprend encore l’importance de la liberté et qui, quand il le faut, remue ciel et terre pour l’avoir et ceci, même au prix de son sang. Beaucoup de pays de l’Amérique latine et les États-Unis en particulier savent que le mot égocentrisme n’existe pas dans le vocabulaire haïtien lorsqu’il s’agit d’aider d’autres pays à lutter pour leur liberté et leur indépendance.

On répète souvent, vaguement, qu’Haïti a contribué à l’indépendance des États-Unis et de certains pays de l’Amérique latine. Notre jeune République d’alors avait fait plus que ça. Abandonné par le monde entier, Bolivar se rendait en Haïti qui hébergeait déjà plusieurs réfugiés vénézuéliens, notamment la famille Soublette dont un membre, le général Carlos Soublette, deviendra le président du Venezuela de 1843 à1847. De sa propre plume, Bolívar, le Libertador écrivit lui-même : « Nous fûmes abandonnés par le monde entier : aucune nation étrangère ne nous a guidés ou défendus en nous donnant des armes… Tous les recours militaires et politiques qui nous furent refusés ont été accordés avec profusion à nos ennemis. »

Il convient de signaler qu’Haïti était le seul recours de Bolivar. Après avoir reçu un don d’armes et de munitions suffisant pour équiper 6 000 hommes, plus un bataillon d’environ 300 soldats, il revint à Port-au-Prince, s’excusant encore de venir frapper à la même porte. Entre autres Armes et munitions que le Libertador avait obtenues du pays dont l’indépendance n’avait même pas été encore reconnue des États-Unis, il bénéficiait d’une motivation sans égal d’Alexandre Pétion qui, après ses deux premiers échecs et lors de son troisième voyage en Haïti, lui disait : « Si la fortune vous a abandonné par deux fois, qui sait si elle ne vous sera pas favorable la troisième fois?… Pour ma part j’en ai le pressentiment… »

Quant au pays de l’oncle Sam, nos ancêtres ne se sont pas seulement battus à côté des Américains pour les aider à être indépendants. Comme nous l’avions signalé une fois à travers une publication intitulée Ingratitude des Américains, dans les Amis du Savoir et des Connaissances et dans l’une des dernières vidéos du journaliste Joy que nous avons postée sur Facebook, après la cuisante défaite de l’armée de Napoléon par les Haïtiens, l’intérêt des Français diminuait considérablement dans la région. C’est ainsi que les États-Unis ont pu acheter, en 1803, la Louisiane dont la superficie est de 2 144 476 km2, au prix de $7.41 le km2.

Chers lectrices et lecteurs, à la lumière de tout ce que nous venons d’étaler, nous espérons que vous serez unanimement d’accord avec nous pour dire que notre pays peut bien être celui le plus pauvre de notre hémisphère, mais les Haïtiens étaient un grand peuple. Peut-être, demandez-vous, pourquoi nous avons fait usage du passé pour nous qualifier, en tant que peuple. Nous l’avons fait rien que pour captiver votre attention.

Les Haïtiens restent et demeurent un grand peuple. Cependant, il y a beaucoup à faire pour refaire notre image et exiger que les étrangers nous respectent. Rappelez-vous que la grandeur de notre pays est plutôt connue historiquement. Depuis notre indépendance, les hommes au pouvoir n’ont rien fait pour redonner à Haïti le surnom Perle des Antilles qu’elle avait eu du temps de la colonie française. Les gouvernements se succèdent, des pauvres chanceux deviennent riches et des riches deviennent plus riches, mais la misère de nos compatriotes s’empire et l’image du pays devient de plus en plus hideuse.

Dans la chanson intitulée l’Haïti nouvelle, tous les Haïtiens doivent jouer leur partition, peu importe qu’ils vivent dans le pays ou à l’étranger, qu’ils soient riches ou pauvres, grands commerçants ou petits détaillants, lettrés ou illettrés, policier militaire, officiels du gouvernement ou simples citoyens. Haïti est notre pays ! De fait, l’obligation nous est faite de refaire son image. Connaissant les Haïtiens mes compatriotes, peu sont les gens qui liront ce texte. Si vous avez l’occasion de le lire, nous vos supplions non seulement d’endosser votre responsabilité envers notre patrie commune, mais aussi de le partager.

Loin d’avoir la prétention que notre message atteindra les oreilles des autorités de notre pays, nous leur dirons quand même que la plus grande part de responsabilité pour changer Haïti leur incombe. Aux membres des Pouvoirs Exécutif et Législatif, nous proposerons une réduction drastique des salaires allant de 20 à 50% pendant un certain nombre de temps. Ce surplus d’argent, avec les autres ressources du pays, pourrait être utilisé pour la construction des usines électriques et des routes, même à péages. Nul pays ne peut avancer économiquement s’il n’y a pas de route et d’électricité. À moins que vous soyez méchants, vous savez pertinemment bien que la population aurait opté pour les routes à péages au lieu de passer des heures d’horloge dans des bouchons. Les rues de la capitale peuvent être propres si les producteurs des boissons embouteillées contribuent à leur nettoyage et si une amende est infligée aux gens surpris en train d’y jeter des détritus.

Qui trop embrasse, dit-on, mal étreint. Les recettes de l’état, ne peuvent aucunement faire Haïti passer d’un pays sous-développé à un pays développé du jour au lendemain. Fort malheureusement, ces recettes, les aides internationales et les prêts que nos enfants payeront après, servent à payer les membres du cabinet ministériel, les directeurs généraux, les parlementaires qui ne font absolument rien, à construire une école par-ci et par là et à boucher des trous dans les rues de Port-au-Prince. Messieurs les autorités de l’état, si vous voulez vraiment faire quelque chose sérieux, ciblez un ou deux problèmes à résoudre, et n’arrêtez pas tant qu’ils ne seront pas résolus.

Chers compatriotes, frères et sœurs de la patrie commune, le gouvernement pourrait avoir beau vouloir changer le mode de diriger et mettre le pays en chantier. Cependant, si vous ne participez pas, si vous ne voyez pas le pays avant un parti politique ou un leader et surtout, si vous ne corrigez pas votre mentalité, le pays que nous nous chérissons et vénérons tous sera toujours la risée des étrangers, particulièrement du président des déplorables Américains, le misogyne, le complotiste, le raciste, l’égoïste surdimensionné Donald J. Trump.

Rulio Oscar

Partager