Plein feu sur les jeans portés au bas des fesses

Un bonjour ou un « sak pase ? » deviennent « yooo whatsuuppp !? », « Sak gen la a Chum*!?’’», accompagnés d’une certaine violence discriminante qualifiant d’homosexuels ou de personnes peu modernes (resan) le fait de ne pas adhérer à ce modus operandi… Des qualificatifs péjoratifs dénués de sens, qui charrient pourtant des impacts négatifs on ne peut plus visibles sur notre société déjà très fragilisée sur le plan socioculturel. Le bredjenn ou l’image du nouveau mâle ? Le « bredjenn » devient progressivement l’image du nouveau mâle. N’est-ce pas un gros mensonge qu’être viril ne serait plus lié à la façon de se nourrir, faire du sport et prendre soin de sa sexualité ? Il s’agit d’un nivellement par le bas qui arrive jusqu’à conduire des gens bien formés, suffisamment éduqués à se sentir menacés par cette nouvelle catégorie qui, par peur de perdre la face, finissent par se vêtir, parler et même aimer comme ces derniers. Car le « bredjenn » a une façon propre à lui d’aimer. Son amour se manifeste généralement par un non-respect de sa partenaire résultant d’un machisme outrancier et maladif. Il l’humilie littéralement en ne l’invitant le plus souvent qu’à des soirées ‘’Ti sourit’, ou des « programmes » chauds pour pouvoir fumer de la marijuana et se gaver d’alcool qui la fera perdre tout contrôle et la mettra à sa merci. Sous l’emprise des airs ou des tubes ‘’rabòday’’, Il n’hésitera pas à demander à sa compagne de s’arquer afin qu’il puisse avec violence et sans retenue, frotter son sexe contre ses fesses et disposer d’elle comme une vulgaire prostituée. J’ai raconté à Carl, une anecdote sur deux adolescents que j’avais aperçus dans un petit restaurant où j’ai été manger récemment. Leur style tape à l’œil avait vite attiré mon attention et j’ai conclu en quelques secondes que j’avais affaire à des bredjenn. , des T-shirts assez grands pour flotter sur eux comme des drapeaux, des bottes Timberland usés, sac à dos portés à l’envers, etc…Et leur démarche bizarroïde et manquant de synchronisation fût la cerise sur le gâteau. Une table les séparait de celle ou j’étais assis, seul. Après avoir commandé quelques bières, ils ont, sans aucune gêne, sorti leur joint de marijuana pour fumer sous les regards admirateurs de la maîtresse des lieux. Nous sommes en démocratie diraient certains, et l’on use de la complaisance envers tous pour éviter que l’autre crie au racisme et à la discrimination. Sans vouloir porter un quelconque jugement de valeur, car, chacun peut décider librement de se vêtir, parler comme bon lui semble ; mais, ce dernier doit songer au respect de la limite ou des frontières de l’autre et éviter de nuire. A imposer son mode de vie, en usant de stéréotypes et de clichés pour assoir une attitude ou comportement adopté, suit un itinéraire extrémiste et ne saurait être utile à la société sinon qu’à faire germer des dissensions sociales dangereuses dans un monde où nous devons cohabiter. Ne serait-ce pas important de regarder à deux fois et se demander si par le fait de cautionner ces idées ou ‘’valeurs’’ sans les remettre en question, juste pour échapper à l’émergence de cette nouvelle perception sociale, nous mettant dans une case sans que les opinions n’aient une assise logique, nous finirons par nous trouver dans une société sans repères ? Il serait temps de nous ressaisir… La jeunesse représente une des entités démographiques majoritaire du pays à côté des femmes, soit environ 50% de la population et 72% d’entre eux vivrait en milieu urbain ; ce qui sous-entendrait que près des trois quarts dans l’Ouest, selon un document publié par le Fonds des Nations-Unies pour la population et le développement durant l’année 2010. Ces chiffres sont d’une importance capitale ; car, ils soulignent le rôle que notamment les médias comme canaux de transmission de valeurs pourraient jouer dans l’éducation des jeunes puisque qu’ils opèrent pour la majorité dans ce département. Le « 100% kk » et les exhibitions malsaines qui s’y rattachent ne semblent plus nous déranger et sont portés quasiment comme la norme par des soi-disant gardiens de la cité. On rit de tout et on devient ridicule. On se donne en spectacle, sans prendre conscience que nous nous égarons dans une euphorie de la foule dont la psychologie ne fait que nous tirailler et nous jeter dans un dilemme entre ce que nous sommes et les exigences d’un contexte contemporain en grande partie creux. Le moment est venu pour que les médias en particulier, incluant les leaders d’opinion, parallèlement en desservant les intérêts exclusifs des commanditaires dotés d’objectifs différents, commencent à influencer l’agir communicationnel des jeunes et du coup les conduire à s’intéresser à l’école et contribuer ainsi à changer les donnes. En voulant se confondre à eux, nous décidons de détruire l’autre, parce que nous ne l’aidons pas à sortir de ce rêve éveillé qui l’embrouille et du coup, nous voilà causer des dégâts irréparables pour la société. Cessons de créer du contenu pour alimenter un groupe vulnérable dont les agissements devraient pour le moins nous inquiéter. Du respect dans la diversité… Nous sommes devenus des individualistes et à outrance, et tant que cela ne concerne pas notre petite personne et ne nous nuit pas, nous sommes confortable avec. Mais, tôt ou tard, si nous ne prenions la décision de propulser les corrections nécessaires à certains faits sociaux, nous paierons la ‘’facture de notre irresponsabilité’’, et elle sera ‘’très salée’’. Nous ferons face à des misogynes sans éducation, qui loin d’être en mesure de prendre la relève, voudront à tout prix empoisonner notre vie et la leur aussi. Un principe très usité dans l’humanitaire peut être évoqué ici « Do no Harm » qui soutient que des individus doivent abstraire les risques de se faire du mal, en ce sens que chacun de nous doit savoir qu’en fonction de son cadre de référence (tradition, éducation, mœurs, etc…), il est normal d’être différents et en même temps qu’il se révèle un devoir de se respecter mutuellement. Thomas Fuller, historien et sociologue du 17èmesiècle, dans ses écrits eut à dire que la foule a beaucoup de têtes et pas de cervelle. Ce qui pourrait signifier que suivre la foule, c’est le moyen d’aller nulle part. L’opinion publique se révèle souvent injuste et ceci doit toujours nous inciter à produire des analyses et il reviendra à cette poignée de gens avec un brin de lumière de jeter un regard sur les dérapages et songer à rappeler à chacun de nous l’essentiel. Ainsi, nous serions parvenus à mettre l’emphase sur l’essence de ce qui se passe autour de nous, au lieu de devenir des conformistes par rapport à des futilités qui ne font que nous pousser à errer sur des bases fragiles. Alors, personne n’est obligé de se soumettre à un élan de modernité quelconque sous prétexte de ne pas être assimilé. Le bredjenn peut continuer librement son existence mais, il doit surtout songer à ce qu’il vit dans une société où il n’est pas isolé et que le besoin de ne pas nuire avec son paradigme singulier est prépondérant. Le classique n’est pas obligé d’avoir peur de s’affirmer, de refléter son éducation. Il doit pouvoir se tenir debout et défier le « Sois ‘’resan’’ ou meurs ! » même s’il serait catalogué. Chacun sa place… Par Carl-Henry PETIT-FRERE et Frantz JEAN *Mot anglais qui traduit dans certains cas un ami rapproché.

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