Relation Haiti/République Dominicaine:Li lè pou nou klè sou relasyon yo

imageJeudi, en début de soirée, le Kolektik 2D lançait le premier numéro de sa revue « Fotopaklè » sur le thème « Frontières ». Cette première sortie de ce grand format ne traite que de cet aspect, de ce troisième pays qui se situe entre Haïti et la République dominicaine. Dans la revue, la photo prend la grande place, avec des textes traités en support plus qu’en vedette. Cela est plus que normal, le Kolektik 2D regroupe surtout des photographes, des vidéastes, des graphistes, des hommes et femmes d’images. 

Deux contributeurs de la revue, invités au prétexte du lancement, ont débattu du thème de la frontière et des relations entre Haïti et son immédiat voisin dans le cadre bucolique du Centre d’art renaissant, à la ruelle Waag. Le débat a été l’occasion d’entendre ce dont on parle peu ici.

Pour cadrer le sujet, le géographe-professeurJean-Marie Théodat a rappelé à l’assistance que la longue bande frontalière entre les deux pays fait office aussi bien de coupure que de couture. Une coupure symbolisée par une barrière physique, des drapeaux, des fonctionnaires, etc. Mais il s’agit surtout et également d’une synapse, car la frontière est devenue, depuis des années, un point de convergence où les deux peuples vivent sinon en harmonie, du moins en parfaite intelligence des intérêts bien compris des uns et des autres de maintenir fluides les échanges de part et d’autre du fleuve Artibonite. 

Lors de la conférence, il a été dit que la presse haïtienne est gênée pour parler, couvrir et traiter l’actualité de nos voisins de l’Est. Le Nouvelliste est du lot. Est-ce à cause de l’histoire (massacre de 1937, les années de zafra qui ont suivi ou la domination commerciale depuis 2010) ? Est-ce à cause de la langue ? Est-ce à cause d’un complexe ? La question est à creuser.

Les échanges ont été l’occasion de souligner que, depuis 2010, on n’a jamais autant parlé des problèmes des Haïtiens en République dominicaine, on n’a jamais expulsé autant d’Haïtiens du pays de Danillo Medina, on n’a jamais autant porté les relations entre les deux pays devant des instances internationales. Pourtant, depuis 2010, la dépendance économique, la domination commerciale et l’intrusion de l’argent dominicain dans la politique haïtienne n’ont jamais été aussi fortes. 

En un mot, il y a un complexe et il y a aussi le dynamisme des relations amicales, commerciales et politiques qui font que le seul pays visité, deux fois déjà, par notre nouveau président, est la République dominicaine décriée. Et ces visites n’étaient pas pour parler du passé, mais pour renforcer les liens heureux entre les élites des deux pays.

En parlant des élites, nous avons besoin des Dominicains pour nos vacances, pour nous évader, pour nous faire soigner, pour envoyer nos enfants à l’école (de la maternelle à l’université, confirme Théodat) pendant que nos hommes d’affaires préfèrent, après avoir été représentants de fournisseurs européens, américains ou chinois, devenir ceux de vis-à-vis dominicains. 

Cette conférence a été l’occasion de voir, encore une fois, comment les relations haïtiano-dominicaines sont idéalisées ou diabolisées par une partie de la société haïtienne, pendant que l’immense majorité (les plus pauvres et les plus riches) n’y voient qu’une salutaire soupape de sécurité. Un territoire de retraite, d’exil, de travail, une terre d’opportunités ou de partenaires. En fait, les relations entre Haïti et la République dominicaine vont mieux qu’on ne le dit, mieux qu’on ne le craint, mieux qu’on ne le croit. Se nan tèt nou bagay yo pa klè…

Il est temps de créer des fondations ou des instituts pour promouvoir de meilleures relations et des échanges plus équitables entre les deux pays. Pas des organismes d’État, nos dirigeants échouent à le faire, mais des initiatives privées. La géographie et l’histoire ont réuni Haïti et la République dominicaine, il est temps de s’en rendre compte de ce côté de la frontière et de chercher à en tirer le meilleur. Li lè pou nou klè sou sa ki pap janm chanje a : 2 peyi sou menm zile a. Si se pa sa, nou fèk kòmanse dezyèm.

Edito du Nouvelliste
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