L’administration Moïse-Lafontant va-t-elle donner plus de poids au passé ou accorder la priorité à l’avenir?

imageHaïti n’a pas mis les pieds à la réunion de l’OEA sur le Venezuela tenue ce lundi à Washington. Comment  interpréter cette absence après la sortie vigoureuse de notre ambassadeur la semaine dernière ?

Notre diplomatie se repose-t-elle après ses exploits pour défendre le régime de Nicolas Maduro ? Haïti a-t-elle entendu les critiques, mises en garde et menaces du sénateur Marco Rubio de la Floride ? Haïti révise-t-elle sa position ou se prépare-t-elle pour la prochaine étape ?

« L’ami d’Haïti est le Venezuela et il le restera », a glissé, dans un sourire, un haut responsable haïtien en réponse aux questions du journal. Cela dit tout, sans rien dévoiler de la suite.

En politique étrangère, c’est le président de la République qui a la haute main. Il est chef de la diplomatie, même si le ministre des Affaires étrangères est seul responsable devant le Parlement.

La position haïtienne dans l’affaire vénézuélienne est venue réveiller la diplomatie haïtienne qui ne semblait se préoccuper, depuis l’arrivée au pouvoir du président Moïse, que de la République dominicaine. 

À l’OEA, Haïti est dans la Caraïbe, elle occupe une place dans l’Amérique entière, tout en ayant ses intérêts propres, ses principes et ses positions à défendre. Notre pays se retrouve dans des jeux d’alliance et au centre de pressions multiples. 

Il y a dans cette affaire vénézuélienne de vrais enjeux qui vont au-delà de la relation Haïti-Venezuela. L’administration Moïse-Lafontant peut donner plus de poids au passé ou accorder la priorité à l’avenir.

La diplomatie à ce niveau nous élève, nous enlève du petit bassin de Port-au-Prince avec ses fautes de lecture et ses photos de mauvais goût. Quoique dans les rangs de notre diplomatie il se dit, que, là aussi, se nichent des indélicats et des diplomates de peu de poids nommés à des postes élevés sous la pression des mêmes politiciens qui font la loi dans les ministères. 

Les ambassadeurs qui sont au devant de la scène ne sont que de vaillants petits arbres qui cachent le désert.

Le président Jovenel Moïse pourra-t-il faire le ménage dans nos missions diplomatiques pour éviter au pays les fautes, les gaffes et une collection d’impairs de la part de nos représentants à l’étranger ou va-t-il, comme pour l’administration publique, laisser pourrir la situation ?

Le mois d’avril sera celui des tests. Pour la diplomatie. Pour l’administration. Pour la conduite de l’exécutif. Le président a tous les leviers en main. Il a installé son personnel. On attend de le voir à la manœuvre.

S’il y a faute, s’il y a dérive, si le ridicule handicape l’action de son équipe, le président a le devoir de s’assurer que des mesures de redressement soient prises. Il ne doit pas commettre la faute morale de ne condamner personne. De ne jamais sanctionner. De laisser croire que rien de grave ne concerne les siens. 

Il faut savoir corriger les manquements avec mesure et encourager les défaillants à faire mieux. L’image catastrophique d’un gouvernement, d’une administration, d’un pays, se met en place pixel par pixel.

Frantz Duval Redacteur en chef du Nouvelliste

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