Jack Guy Lafontant bousculé par les sénateurs du PHTK

imageAprès moult louvoiements, des tractations par-ci, par-là, d’interminables négociations au Palais national, la séance au cours de laquelle le Premier ministre devrait faire l’énoncé de sa politique générale a tourné court lundi au Sénat, en raison d’un désaccord entre les élus PHTKistes et autres alliés pour le contrôle de quelques portefeuilles

D’éreintantes négociations au Palais national durant la journée,  d’inusables manœuvres pour converger l’essentiel des intérêts et satisfaire avant tout l’avarice parlementaire, il n’en a été que dalle. Les violons du législatif et de l’exécutif ne s’accordent toujours pas ou encore mieux ceux entre des sénateurs PHTK et quelques alliés issus de la KID. La séance sitôt débutée est aussitôt suspendue temporairement… avant de l’être «jusqu’à nouvel ordre». Parce que des élus PHTK et alliés, insatisfaits des ministères tombés dans leur escarcelle, ont infirmé le quorum, se sont cloîtrés dans leurs boudoirs durant plus d’une heure et ont laissé transparaître à la meute de journalistes, ayant fait le pied de grue au Bicentenaire depuis plus de cinq heures, la difficile tâche de la répartition du gâteau.

Pourquoi des sénateurs PHTK ont fait capoter la séance de ratification? Quel est leur intérêt dans la perte du temps alors que leur président n’a cessé de claironner qu’il voulait «agir vite»? Le président du Sénat, peu après avoir constaté l’impossibilité de réunir le quorum, botte en touche, renvoyant la balle aux concernés. «Ils sont tous là. C’est à eux de répondre à cette question!» À quand la reprise de la séance? Mardi? «Ce sera un jour de séance. Est-ce qu’on va poursuivre cette séance spéciale ou tenir une autre séance? On ne sait pas encore […]», dit-il, plastronnant que son parti (AAA) n’est pas représenté au cabinet ministériel. Celui-ci, justement, illustre le nœud gordien du désaccord non voilé chez les Tèt Kale. Le sénateur Richard Hervé Fourcand n’en pouvait pas être plus énigmatique: « Se yon kesyon pa jwenn ki ap regle la!»

Alors, le ver est-il dans le fruit si l’obstacle tient d’une mésentente chez le clan Tèt Kale? Antonio Cheramy, acteur non négligeable dans le report sine die de la séance parce qu’il a eu l’intelligence d’appeler à la vérification du quorum, n’en doute pas une seconde. «Il est clair que Jovenel Moïse, son Premier ministre nommé et les mecs du PHTK ne s’entendent pas et c’est leurs sénateurs qui boudent la séance». Le sénateur de l’Ouest, membre du groupe des quatre parlementaires qui s’inscrivent dans une opposition déclarée à Jovenel Moïse, parle de son intérêt pour le «débat sur la politique générale du PM» et ironise sur la nécessité de les [les Tèt Kale, NDLR] «voir à l’œuvre dans le mariage de la terre, les rivières et le soleil», aux fins de s’attaquer aux problèmes séculaires de l’île.

Dans tout ce qui se joue actuellement, les querelles de chapelle pour des ministères, Antonio Cheramy, chanteur mué en politique, n’y voit pas l’intérêt de la population. «Il fallait venir au Parlement pour comprendre les choses. Ils ne font que régler leurs activités personnelles», assène-t-il, au sein de l’hémicycle, assailli de questions tous azimuts. Le sénateur Onondieu Louis, lui qui a quitté la salle, n’aide pas à y voir plus clair. Est-ce vraiment une mésentente due à l’antagonisme des intérêts? «Je n’en sais rien», esquive l’élu de la KID, croyant que son parti n’exige pas à se faire représenter au gouvernement de Jack Guy Lafontant, composé de 13 hommes et 5 femmes, dont la plupart sont des novices dans le marigot politique.

Le dossier du Premier ministre nommé entaché d’anomalies

Le sénateur Youri Latortue a beau souhaiter que les élus PHTKistes comprennent que le pays est dans une situation difficile et qu’il est important de statuer sur le sort du Premier ministre nommé, mais, au Bicentenaire, où le vote est tantôt politique, tantôt technique, celui-ci se fait déjà épinglé. «Jack Guy Lafontant a beaucoup de problèmes dans ses pièces», révèle, bout-en-train, Antonio Cheramy. Le sénateur Jean Renel Sénatus, membre de la commission chargée de passer au peigne fin le dossier du PM désigné, décèle pas mal d’anomalies. «Il n’est pas un bon payeur de fisc!» Sans barguigner, il indique que le rapport n’en est pas moins flou sur son sort. «On ne réclame ni un vote favorable ni un vote défavorable dans notre rapport». Un peu plus tard après lui, questionné sur la question, Jean-Marie Salomon a davantage brouillé les pistes. «Il y aura des surprises. Il y aura encore des surprises», répète à l’envie le vice-président du Sénat, dans un sourire goguenard…

Juno Jean Baptiste source le Nouvelliste

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