Dossier OEA : Le mauvais choix de la diplomatie haïtienne

imagePoint de vue de Michel Eric Gaillard sur la position d’Haiti à l’OEA

Le gouvernement vénézuélien refuse d’accepter la victoire écrasante de l’opposition pour les élections législatives de 2016 ; interdit la campagne constitutionnelle qui autorise l’organisation d’élection présidentielle anticipée ; et refuse tout dialogue avec l’opposition pour la libération de prisonniers politiques et l’organisation d’élections municipales prévues depuis 2016.

La demande de l’OEA est d’organiser des élections générales pour débloquer la situation. Alors, pourquoi la position musclée d’Haïti d’appuyer « inconditionnellement » le gouvernement Maduro? Cette décision, pourtant malheureuse, est applaudie sur les réseaux sociaux. 

Jusqu’en 1816, Haïti et les USA étaient les seuls pays indépendants de l’Amérique. Notre jeune république exerça un leadership régional en prenant le risque de fournir une aide financière et militaire à Bolivar pour l’indépendance de la grande Colombie (Bolivie, Colombie, Venezuela, Equateur, Pérou); un acte de guerre contre l’Espagne. Cette assistance n’était pas « inconditionnelle ». Elle exigeait, en contrepartie, la promesse de libération des esclaves dans les Etats libérés. C’est ainsi que le drapeau de la Grande Colombie fut créé à Jacmel ; et aujourd’hui encore, ces pays arborent les couleurs de notre drapeau bleu et rouge.

Malgré sa dette envers Haïti, Bolivar n’a ni reconnu l’indépendance d’Haïti ni envoyé de représentant diplomatique de son gouvernement en Haïti. Pire ; en 1826, il invita un supporteur de la traite des esclaves, le président américain John Quincy Adams, à la première réunion des Etats indépendants d’Amérique, mais exclut Haïti de cette réunion. 

En 1993, partant du principe qu’Haïti était dirigé par un gouvernement militaire qui avait renversé un président élu et que les sanctions étaient justifiées pour rétablir l’ordre démocratique, le président vénézuélien Carlos Andres Perez vota pour la Résolution 841 du Conseil de sécurité des Nations unies sur l’embargo contre Haïti. 

Aujourd’hui, c’est le revers de la médaille. Haïti a une dette financière envers le Venezuela. Mais cette dette ne justifie pas un engagement politique.

Alors qu’Haïti est une démocratie qui, par ses propres fonds, a organisé des élections libres et démocratiques, le Venezuela est dirigé par un gouvernement qui prive le peuple vénézuélien de sa liberté.  

Haïti, il est vrai, ne peut pas voter en faveur de sanctions économiques, mais elle ne doit pas appuyer un gouvernement qui n’applique pas les principes démocratiques. Au lieu de donner des leçons à l’OEA, elle aurait dû, au nom de la liberté, demander publiquement à Maduro de libérer les prisonniers politiques, et d’organiser les élections. 

En appuyant Maduro, Haïti a perdu l’opportunité d’exercer un leadership politique dans la région et de montrer au monde qu’elle est consciente de ses responsabilités vis à vis des principes démocratiques et de la liberté des peuples. Elle a joué la carte de l’oppresseur au lieu de se positionner comme champion et défenseur de la démocratie en Amérique.

Michel Eric Gaillard source nouvelliste

Partager