70 Gourdes cherche un dollar

image70 gourdes pour 1 dollar. La BRH prend acte, souligne qu’elle a pourtant « réduit l’accélération de la dépréciation » et annonce l’injection sur le marché des changes de 120 à 150 millions de dollars dans les six prochains mois pour calmer les anticipations. Si la banque centrale va « serrer des boulons », son patron, Jean Baden Dubois, rappelle avec insistance que l’économie doit prendre le cap de la production, dans la stabilité politique et sociale.

Il faut aujourd’hui 70 gourdes pour un dollar américain. Le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois, en interview exclusive avec le journal, jeudi, vingt quatre heures après son audition au Sénat, concède qu’un « seuil psychologique » a été franchi. Cependant, il soutient que la banque centrale, « vigilante », en utilisant les outils à sa disposition, est parvenue à « réduire l’accélération de la dépréciation » de la gourde. Sans regarder ses notes, Jean Baden Dubois souligne que si du 3 septembre 2015 au 3 mars 2016 le taux de change était passé de 53,04 gdes pour un 1 dollar américain à 62, 03 gdes pour 1 dollar américain, soit une dépréciation de 18 %, le tableau n’est plus le même ces six derniers mois. La dépréciation a été de 2,92 %. Du 3 septembre 2016 au 3 mars 2017, le taux de change est passé de 66,1945 gourdes pour 1 dollar à 68,9084 gourdes pour 1 dollar, a-t-il expliqué, assis au petit salon de son bureau qui offre une vue imprenable de la baie de Port-au-Prince et de ce qui reste des vieux quartiers de la capitale. 

Le cash management, l’augmentation du seuil du réserve obligatoire, 48 % pour les dépôts en dollar, 44 % pour les dépôts en gourde, les taux d’intérêts intéressants, le filet de protection par rapport à la dépréciation qu’offrent les bons BRH, la décision de convertir 5 % des réserves de dollars en gourdes, ont donné des résultats, soutient Jean Baden Dubois, soulignant que « d’autres boulons vont être serrés », sans étrangler le crédit mais dans un arbitrage permanent en faveur du plus grand nombre. Ces résultats en terme de ralentissement de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar ne représentent pas des éclaircises suffisantes par rapport aux problèmes conjoncturels et structurels du pays et à l’économie pour que le patron de la banque centrale sabre le champagne. 

Le niveau de production de l’économie Haïti est faible, ce qui reste d’ONG s’en va, des contingents de la MINUSTAH plient bagage, il y a peu de touristes, donc peu de rentrées de devises, a détaillé le gouverneur Jean Baden Dubois, soulignant que le temps pris pour ratifier le prochain gouvernement au terme d’un processus politique long et éreintant crée une certaine nervosité chez des acteurs économiques. La BRH n’a pas toutes les manettes en main. « Il ne peut pas y avoir de stabilité économique sans stabilité politique, sans stabilité sociale. Je n’ai pas de clé pour ces boulons », a insisté Jean Baden Dubois le gouverneur de la BRH dont l’une des responsabilités est de veiller à la valeur de la monnaie nationale. Pour maintenir la réduction de l’accélération de la dépréciation de la gourde, en attendant l’ensemble de politiques publiques pour inverser les mauvaises courbes de notre économie, le patron de la banque centrale évoque les prévisions d’injection de devise sur le marché des changes dont le volume de transaction journalière se situe entre 8 et 10 millions de dollars américains. 

Le gouverneur de la BRH prévoit sur les six prochains mois de l’exercice la vente par la BRH de 120 à 150 millions de dollars sur le marché des changes pour éviter les surchauffes et les anticipations. La tendance actuelle est la dollarisation de l’économie par des agents économiques dans le non-respect des directives des pouvoirs publics. Des gens vendent en dollars américains imposent leurs propres taux. Et le nombre d’agent de change informel, sans licence a explosé, selon Jean Baden Dubois qui estime que le MCI, le parquet et la DGI doivent faire leur travail pour le respect des normes. « Il faut mettre de l’ordre », insiste le gouverneur, concédant que l’augmentation considérable des comptes d’épargne en dollars et non en gourdes illustre le peu de foi du public dans la gourde. Le changement d’orientation est imposable à tous le pays pour redonner confiance dans la monnaie, indique Jean Baden Dubois. « Nous sommes tous dans le même bateau », a-t-il souligné, plaidant, une fois de plus, pour que « le peuple ait plus d’argent pour pouvoir consommer plus ».

Source Le Nouvelliste
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