3 avril 2000 – 3 avril 2017, 17 ans que le journaliste Jean Dominique et le gardien de radio Haïti Inter furent assassinés.

J’avais écrit ce texte le 3 avril 2005 à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Jean Dominique, le journaliste haïtien le plus célèbre. Entre autres beaucoup d’animateurs de radio et de journalistes chevronnés, Jean Dominique était mon professeur. Comme un petit chien assis sur sa derrière attendant les miettes de la nourriture de son maître, les matins, avant d’aller à l’école ou en route pour l’université, au moyen de mon walkman, j’écoutais religieusement ce que ces hommes immortels disaient et partageaient. NOTA BENE: cet article était écrit en 2005, 12 ans de cela, dans le contexte de l’insécurité d’alors. Bonne lecture! « Que serait-il arrivé à Jean Dominique s’il avait été encore en vie ? Où se trouve Haïti maintenant par rapport à deux décennies de cela quand nos compatriotes ne cessaient pas de dire que notre pays est au bord de l’abîme ? Si des années avant on disait que la situation d’Haïti est dégradante et chaotique, quelle est la situation, maintenant, de la première République noire indépendante ? On n’a pas besoin de savoir lire dans de grands livres, faire de hautes Etudes à la Sorbonne, à Oxford, à Harvard où à Stanford pour être à même de répondre à cette question. Grâce à l’avancement de la technologie, être en Haïti où n’importe quel autre point du globe terrestre ne fait pas trop de différence. Ceci dit, nous qui sommes dans le dixième département, nous savons l’invivabilité dans laquelle Haïti se trouve tout aussi bien que les Haïtiens dans le pays le savent. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Haïti qui jadis fut la perle des Antilles, est aujourd’hui classée parmi les pays les plus pauvres de la planète, le plus pauvre de l’hémisphère boréal. A cette pauvreté chronique et meurtrière, s’ajoute maintenant la naissance d’un réseau du terrorisme tout aussi féroce que celui d’Osama Ben Laden, Al Qaeda. Je ne peux pas imaginer que des fils de Toussaint Louverture, de Dessalines, de Christophe, de Pétion et de Capois Lamort puissent, pour de l’argent et rien que pour des raisons politico-politiques, kidnapper et torturer leurs frères et sœurs sans se rappeler qu’ils sont fils et filles d’une même nation et citoyens d’un même pays. Ce qui est pire, dans tous les pays du monde, les enfants bénéficient toujours d’un traitement spécial alors qu’en Haïti, ils connaissent le même sort que les adultes pour ne pas dire pire, dans bien des cas. Où est la Police Nationale dont la mission est de protéger les vies et les biens des citoyens ? Où est la MINUSTHA forte de plus de 6000 hommes dont le nom même indique sa mission : stabiliser le pays ? Pourquoi ces voyous terroristes doivent être les « seuls coq chantés », au grand mépris des vies des citoyens. Dans un tel contexte, les forces morales du pays telles que : les Eglises Protestante, Catholique et Episcopale, la Presse libre et indépendante et les organisations de défenses des Droits Humains doivent faire entendre leurs voix pour dénoncer non seulement ces actes barbares, mais aussi le gouvernement, la Police Nationale et surtout la Minustha qui se croisent les bras et laissent les terroristes commettre leurs forfaits. Face à cette recrudescence de violence, je suis plus que certain que la voix de Jean Dominique dans ses éditoriaux se ferait entendre tous les matins à sept heures, condamnant les actes des criminels, l’impuissance du Gouvernement et de la Police Nationale et l’inefficacité de la Minustha. Comme on les avait assassinés, lui et son gardien le matin du 3 Avril 2000 tandis qu’il rentrait à la Radio Haïti Inter dont il était le PDG, il aurait sans doute été abattu et son souffle aurait encore été éteint. » En effet, 3 avril 2000 – 3 avril 2017, ça fait 17 ans depuis que le journaliste Jean Dominique et le gardien de radio Haïti Inter furent assassinés. Selon les ouï-dire, Tipanèl, un bandit qui était allé habiter à Léogane aurait été l’assassin de ce double meurtre. Qui avait donné l’ordre d’éteindre le souffle de cet icône journalistique ? Où sont les vrais responsables de la mort de Jean Dominique qui ne ménageait pas ses mots contre un groupe politique très puissant à l’époque ? C’est sûr qu’ils sont en train de se paonner en toute quiétude tandis qu’encore, l’enquête se poursuit. Publié le 3 avril 2017, à 7h AM par Rulio Oscar En l’honneur de ce grand maître, Jean Léopold Dominique
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