29 mars 1987, 29 mars 2017, notre constitution vielle de 30 ans.

On se demande si ça vaut la peine de définir une constitution qui, selon les grands savants, est un ensemble de textes juridiques définissant les différentes institutions qui composent un état et qui organisent leurs relations.
Comportant aussi une charte des droits fondamentaux des habitants, la Constitution est considérée comme la règle la plus élevée de l’ordre juridique d’un pays.
Loin d’être un juriste, encore moins un constitutionnaliste, je ne vais pas rentrer dans tous les détails de la constitution de 1987, amandée en juin 2012. Je vais faire un parallèle entre deux articles : l’un, de la constitution de 1983 rédigée sous le gouvernement de Jean Claude Duvalier, l’autre, de celle de 1987 écrite par des prétendus démocrates constitutionnalistes.
La Constitution de 1983 en son article 18, avait prévu la double nationalité en ces termes : « La double nationalité pourra être reconnue par convention bilatérale ou multilatérale sans présomption à l’exercice des droits politiques réservés aux haïtiens qui n’ont jamais opté pour une autre nationalité » Quant à la Constitution de 1987, elle interdit de manière expresse et non équivoque la double nationalité. En effet, l’article 15 de cette constitution est formulé de manière absolue, ainsi qu’il suit : « La double nationalité haïtienne et étrangère n’est admise dans aucun cas. »

Le contraste

Sous les gouvernements des Duvaliers, les Haïtiens de cerveau qui devaient laisser le pays étaient légion. En effet, pour ne pas avoir laissé leur peau, ils allèrent s’établir en France, au Canada, aux Etats Unis pour ne citer que ces pays-là. Après la chute de Jean Claude Duvalier en 1986, nombreux choisissaient de retourner vivre en Haïti et servir le pays. Malheureusement, la Constitution de 1987 allait leur interdire de briguer certains postes politiques rien que pour avoir contracté une nationalité étrangère. La question à laquelle je n’ai pas de réponse exacte est pourquoi la double nationalité ne posait pas un problème aux hommes de Baby Doc tandis qu’après le renversement de ce dernier, les gens qu’on croyait démocratiques excluaient les Haïtiens naturalisés.
Il convient de signaler que j’ai beau réfléchir sur le contraste entre ces deux groupes d’hommes, la PEUR est la seule hypothèse qui me vienne à l’idée. Les Duvaliéristes n’avaient pas PEUR de la compétence des hommes de la Diaspora parce que tout était sous leur contrôle. Que dire des constitutionnalistes qui étaient témoins oculaires de la chute de Jean Claude Duvalier, du chambardement de l’ordre des choses et qui nourrissaient l’espoir d’accaparer le pouvoir dans l’avenir ? Ils avaient eu PEUR d’avoir en face d’eux des hommes de la Diaspora qui travaillaient dur pour avoir comme eux de l’argent et qui étaient aussi compétents qu’eux, pour ne pas dire plus compétents.
Constatez que j’ai fait l’emploi du passé pour parler de ces égocentriques et des gens vivant à l’étranger. Il est évident que les hommes qui se sont succédés au pouvoir depuis 1986, que ce soit au niveau du parlement qu’au niveau de la présidence ne veulent pas que les Haïtiens d’outre-mer aient les mêmes droits qu’ils ont.

Renoncer à sa nationalité

L’une des conditions sine qua non pour être député, sénateur ou président d’Haïti, selon la Constitution de 1987, est de n’avoir jamais renoncé à sa nationalité. Je me permettrai une fois de plus de citer celui qui eut à dire : « On peut sortir un Haïtien d’Haïti, mais on ne peut sortir Haïti d’un Haïtien. » Il n’y a pas même un Haïtien qui ait renoncé à sa nationalité et à son identité haïtienne. Pour l’obtention de certains avantages, par exemple ne pas avoir à faire des demandes de visas si l’on veut voyager dans certains pays du monde, nos compatriotes sont naturalisés français, canadien, américain ou autre. Dire que le Haïtien renonce à sa nationalité est une aberration et un prétexte pour éliminer la concurrence politique et économique venant de la Diaspora.

La Diaspora, la vache à lait

Les sites web à avoir l’information sur le montant d’argent que la Diaspora haïtienne envoie chaque en Haïti sont nombreux. Vous n’avez qu’à visiter Google et taper dans la boîte de recherche le montant d’argent que la Diaspora haïtienne envoie en Haïti, vous verrez. A en croire le Nouvelliste, en 2014, Haïti a reçu 1 milliard 923 millions de dollars de transferts de sa Diaspora sans compter l’argent apporté par les compatriotes visitant le pays. Bien que la Diaspora soit le moteur de l’économie haïtienne, elle est et a toujours été traitée en fils de parents pauvres. Elle est rejetée, méprisée et oubliée. Hélas !

Ils sont peu intelligents

Je parlais à un ami quelques jours de cela, du rapport de la Diaspora avec sa patrie mère. Il m’a dit quelque chose d’une importance particulière auquel je n’avais jamais pensé. Si les gens au pouvoir en Haïti, a-t-il dit, sont intelligents, ils ont intérêt à reconnaître la double nationalité. Lui ayant demandé pourquoi, il a abondé en disant que les Haïtiens qui se soucient du pays et qui le portent dans leur cœur vieillissent. Leurs enfants, sachant que le pays n’a pas besoin d’eux, se tapent aussi royalement de ce qui s’y passe. S’ils savaient qu’ils pouvaient intégrer la vie politique en Haïti, ils iraient investir dans le pays et continuer à y envoyer de l’argent comme leurs parents le font depuis jadis.
Il se peut que je sois le seul à me sentir triste d’être un étranger perdu sur le sol des Etats Unis. Le pire, c’est que la Constitution de mon pays, rédigée par des égoïstes ne reconnait pas ma nationalité haïtienne. Les Américains ont un pays, les Français, les Canadiens, les Dominicains en ont un, nous les Haïtiens naturalisés n’ont pas de pays.
Qu’ensemble les compatriotes d’outre-mer, en collaboration avec nos frères et sœurs vivant en Haïti qui ne nous voient pas comme des adversaires, travaillent pour l’amendement de la constitution de 1987. Car, sans prétention aucune, je ne crois pas qu’un quelconque membre de l’actuel gouvernement ou du parlement soit plus Haïtien que nous qui sommes dans la Diaspora.

Rulio Oscar

Partager