L’insouciance au plus haut degré des Haïtiens

Dans les lettres d’un ingénieur polonais, Josef A. Grekowicz, envoyé par une compagnie française en Haïti en 1881 pour effectuer une étude sur une éventuelle installation de chemins de fer, on note ce sempiternel constat : « Ils (les Haïtiens) sont insouciants au plus haut degré… Ainsi, par exemple, aujourd’hui il est haut fonctionnaire bien rétribué, il a l’occasion de s’approprier quelque fonds public ou privé (c‘est ce qu’ils ne manquent jamais de faire) … Ils sont, sauf quelques exceptions, menteurs, voleurs et mendiants… Sur le rapport politique, ils se divisent en deux partis : les gouvernements et les aspirants à gouverner, ce qui signifie tout simplement : avoir la douane à sa disposition… Tous les généraux rêvent de devenir président et le reste veut devenir général ou employé de la douane. Et il paraît que c’est le véritable motif de toutes les révolutions qu’ils font… Je n’ai pas la prétention de connaître le pays, mais en jugeant par les choses qui me sont connues, je suis arrivé à la conviction qu’il est condamné à périr. » 
Triste annotation ! En 1881 ou en 2017, rien n’a changé sous le ciel bleu d‘Haïti.

Au prime à bord, je remercierai mon ami Jean Rony Cineus pour l’envoi de ce constat fait par l’ingénieur polonais, Josef A. Grekowicz qui avait séjourné pendant environs 10 mois en Haïti, 136 ans de cela.

Je n’ai pas la prétention de connaître le pays, dit l’auteur, mais en jugeant par les choses qui me sont connues, je suis arrivé à la conviction qu’il est condamné à périr. Un pays ne périt pas ; c’est son peuple qui périt. Considérant l’état dans lequel la majorité des Haïtiens vivent, la prophétie de cet ingénieur polonais s’est réalisée et continue encore à se réaliser.

Sans lueur d’un doute, la dernière phrase du message de Jean Rony n’est pas du Polonais. Cependant, ce qui importe, c’est qu’en effet, rien n’a changé sous le ciel bleu d’Haïti, que nous mettions en considération les conjonctures politico-économiques de 2017 ou que nous remontions jusqu’en 1881 ; les Haïtiens sont insouciants. Ce qui ont changé, ce sont la population d’Haïti et les souffrances de ses filles et de ses fils qui deviennent insupportables.

En 1881, le pays avait une population d’environs 1,347,140 d’habitants dont la grande majorité était dans les campagnes, travaillait la terre et élevait leur bétail. En 2017, les paysans n’ont ni jardins, ni arbres, ni bêtes. Leurs bonnes terres sont lavées et dégradées, ce qui leur reste avec une seule alternative : aller bidonvilliser les grandes municipalités comme Port-au-Prince.

Le lien suivant vous permettra de lire les lettres écrites en Haïti par le Polonais Józef Grekowicz. Merci encore, Jean Rony Cineus ! 

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