Pourquoi laisser partir le train presque vide ?

En Haïti, le transport ferroviaire qui se développa au cours de la seconde moitié du 19ème siècle n’existe plus. Suivant des recherches que nous avons effectuées, ce type de transport, en réseau urbain le tramway et en réseau régional le train, se déclina faute de volonté politique et de moyens financiers.
L’histoire rapporte que le président Antoine Simon envisagea la construction de deux voies ferrées : l’une qui devait relier le Cap-Haïtien à Port-au-Prince, et l’autre partirait de la capitale en direction des Cayes via Léogâne. Pour la réalisation de ce projet, un montant de 65 millions de francs allait être emprunté de la France. Malheureusement, les conditions abusives de cet emprunt soulevèrent la méfiance de l’opinion publique haïtienne qui lui resta résolument réfractaire.
Il convient de signaler qu’il y avait eu d’autres lignes ferroviaires parmi lesquelles, celle reliant Port-au-Prince Léogâne et Port-au-Prince Mannevile (commune de Thomazeau). En 1972, durant la dictature Duvalier, son ministre des travaux publics, Luckner Cambronne déclara aux députés qui l’avaient interpellé que le pays n’avait pas besoin de chemin de fer et en entreprit le démontage systématique.
Pourquoi se servir du mot train en lieu et place d’autobus ou de camionnette ? Ne sachant pas trop pourquoi, nous reformulerons la question, si vous préférez, en disant pourquoi laissez-vous partir l’autobus presque vide ?
Très souvent, surcharger des camionnettes ou des autobus peut bien être la cause des accidents coûtant la vie à d’innombrables personnes. Par contre, des fois, le poids de chaque personne mis ensemble peut faire le poids total nécessaire pour donner l’équilibre au véhicule au cas où il ferait face à un vent impétueux ou traverserait une rivière en crue.
Pour corroborer ce que je viens de dire, je me souviens avoir été en route, dans un autobus, pour Port-de-Paix lorsque nous étions arrivés, aux environs de 10h du soir, en face de la rivière « Pandi » (pardonnez-moi l’erreur orthographique) qui était en crue. Il faisait noir comme dans le trou du cul d’un aigle et sur la route, il n’y avait personne. Ayant voulu éviter l’obscurité effrayante, j’étais resté dans l’autobus, causant avec une jeune fille qui était aussi en voyage, tandis que d’autres gens exploraient les parages après une pluie diluvienne. Il était près de 11h30 lorsque j’ai entendu quelqu’un dire qu’il avait de la place pour 5 personnes dans son pickup up à doubles cabines. J’ai dû tirer, prématurément, la révérence à la fille pour monter à bord du pickup. On était presqu’arrivé à Port-de-Paix lorsque je lui ai demandé pourquoi il nous avait pris dans son véhicule, puisqu’il ne nous connaissait pas. Sa réponse était surprenante : « Il me fallait assez de passagers pour faire le poids suffisant afin de traverser la rivière. » J’ai compris alors que l’eau aurait pu emporter son pickup s’il n’était pas assez lourd. Bref !
Que nous soyez riches ou pauvres, grands ou petits, instruits ou ignorants, du sexe masculin ou féminin, de la peau claire ou foncée nous sommes tous des passagers attendant à la station les trains, les camionnettes ou les autobus qui nous emmèneront à nos destinations. Ces destinations, communes ou différentes, sont nos objectifs. Parmi nous, il y a celles et ceux qui se donnent le sud ou le nord pour finalité ; d’autres, l’ouest ou l’est. Pourtant, si et seulement si on comprenait l’ampleur de la situation dans laquelle on vit et verrait les choses d’un même œil, on se bousculerait pour prendre place à bord du train ou de l’autobus de telle sorte que l’on puisse faire la route ensemble.
Malheureusement, bien que nous soyons tous à la station, il y a des gens parmi nous qui sont sourds et qui ne peuvent pas entendre la sirène du départ et d’autres qui sont aveugles ne pouvant pas voir le train ou l’autobus les quitter. L’opérateur leur fait signe et le chauffeur les klaxonne, mais hélas ! Ceux qui ne sont ni sourds ni aveugles, sont soûls. Ou bien, ils sont trop occupés à se faire des photos ou des vidéos qu’ils postent illico, grâce à l’internet, sur les réseaux sociaux, et à jouer à Candy Crush ou Angry Birds pour voir l’avion se décoller ou le train partir.
Comme vous, nous avons des histoires à partager : des expériences vécues et même des prouesses d’amour. S’il fallait que nous parlions de nous, et couchions sur du papier notre vraie biographie, ce serait l’un des livres les plus volumineux que vous n’auriez jamais lus. Cependant, à cette croisée des chemins où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres, où le mensonge est institutionnalisé parce qu’il est proféré par les puissants hommes politiques, et où le monde est menacé d’être exterminé par des armes biologiques et nucléaires, nous choisissons de rester éveillé et attentif au sifflement du train ou à la klaxonne de l’autobus pour que notre poids compte au cas où un vent impétueux surviendrait, ou bien la traversée d’une rivière en crue serait difficile.
Inestimables amis(es), on nous reproche souvent de parler trop et d’être trop explicite. Si vous aussi, vous remarquez ce défaut en nous, acceptez, nous vous prions, nos excuses. Dans le souci de ponctuer sur l’importance de l’expression « croisée des chemins », nous estimons qu’il est de bon ton et de circonstance que nous insérions pour vous l’origine du mot croisée qui est utilisé dès le Moyen Age pour désigner un point d’intersection, un lieu où des routes se croisent. Dans cette expression, il est employé dans un sens figuratif pour évoquer un moment où une personne doit faire un choix, le plus souvent délicat.
En effet, mesdames, mesdemoiselles et messieurs, nous vivons un moment dramatique où les fausses nouvelles font la une sur toutes les chaines de télévision et les stations de radio. Quant aux réseaux sociaux, n’en parlons même pas. Le plus grand dilemme, c’est que très peu sont celles et ceux qui prennent le temps de vérifier une information pour en déterminer la véracité. Les dernières élections américaines pendant lesquelles la Russie a bombardé les médias avec de fausses informations contre Hilary Clinton et en faveur de Donald Trump en sont la preuve.
En tant que le sel de la terre et les gens sachant lire et écrire, tout en convergeant nos pensées, nos idées et nos messages dans une même direction, nous avons pour responsabilité de briller dans ces ténèbres de mensonge et d’immoralité qui nous couvrent de toutes parts.

Rulio Oscar

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