Ils sont astucieux, les hommes politiques de notre pays

Tous les 4 ans, entre le mois de juin et celui de juillet, les Haïtiens ont un rendez-vous qu’ils ne veulent rater sous aucun prétexte, la Coupe du monde de football. Les bamboches de ce quadriennat sont du 14 juin au 15 juillet et s’avèrent exceptionnelles. Elles le sont parce que l’État haïtien qui comprend bien les besoins de son peuple qui ne sont ni la santé, ni l’instruction, ni l’électricité, ni la sécurité, encore moins des routes et des repas au moins deux fois par jour, s’y mêle.

Le gouvernement se rend compte que les réjouissances et l’amusement sont ce dont nos compatriotes ont besoin. Est-ce pourquoi les gens des zones qui n’ont jamais eu de l’électricité pendant des jours pour ne pas dire des semaines et même des mois, peuvent euphoriquement allumer leurs appareils de télévision et de radio pour regarder les matchs et écouter les commentaires des journalistes sportifs. Dans ce mondial, l’équipe de Jovenel et de Lafontant a fait ce que les gouvernements précédents n’avaient pas fait ; par le biais des sénateurs de la république, des députés du peuple et d’autres figures politiques, des télévisions sont distribuées à une population affamée mais qui se réjouit quand même de pouvoir regarder jouer leurs équipes de prédilection. Comme le carnaval, la Coupe du monde est et a toujours été l’antidote et le dérivatif de la misère et des souffrances du peuple haïtien, ce que nos astucieux hommes politiques ont compris et su exploiter.

Se travay nou konn travay, se travay n’ap travay

Si vous branchez souvent des stations de radio et des chaînes de télévision d’Haïti particulièrement radio nationale, il se peut que vous soyez familiers avec ce slogan enregistré avec ou bien la voix du président ou celle de son premier ministre, « Se travay nou konn travay, se travay n’ap travay ! » S’agissant de nombreux petits projets dans lesquels le gouvernement investit, nous avons souvent répété ce proverbe dont l’origine reste inconnue, à savoir, qui trop embrasse, mal étreint. En effet, cette vérité est si évidente qu’elle en devient ridicule. « Qui partout sème, ne récolte nulle part. » L’argent dépensé dans ces projets en miniature et donné aux parlementaires lors des fêtes de fin d’année, des Pâques, des festivités patronales de leur zone respective et l’achat des télévisions comme nous venons de le constater, aurait pu être utilisé dans réalisations sérieuses comme l’électricité 24/24 dans tout le pays.

Par ailleurs, au lieu d’avoir fait de la Coupe du monde une affaire présidentielle à travers la distribution de télévisions et du patronage des stations de radio qui diffusent les matchs, le gouvernement aurait dû plutôt investir dans la jeunesse et l’encourager à pratiquer des sports, le football en particulier. Car ce que font les Brésiliens, les Argentins, les Russes, les Mexicains qui sont de notre zone, nos jeunes Haïtiens pourraient le faire aussi s’ils avaient l’encadrement nécessaire. Il faut penser plutôt à la construction de nouveaux stades de football qui répondent aux normes de la FIFA, réparer et moderniser ceux que nous avons actuellement, construire des routes des hôtels, promouvoir le tourisme et peut-être espérer organiser cette compétition mondiale dans les 24 ans qui viennent. Ce n’est pas de l’illusion, c’est possible si nous avons des gens dans le pays qui donnent priorité à ce qui est prioritaire.

Les Haïtiens sont talentueux. Après leur naissance, dès qu’ils commencent à marcher et à courir, leur premier jouet est une boule faite au moyen d’une chaussette, si leurs parents ne sont pas en mesure d’acheter un petit ballon pour eux. Imaginez-vous si des écoles de football étaient créées pour ces jeunes et qu’ils étaient encadrés ? Ils ne seraient pas seulement utiles au pays, ils seraient utiles à eux-mêmes et à leurs parents. Car ils pourraient, comme des Africains et des sud-américains qui jouent dans des championnats d’Europe, obtenir aussi des contrats et faire des millions. Le talent et l’ingéniosité n’ont ni classe, ni race, ni continent et ni nationalité.

Malheureusement, la professionnalisation de nos jeunes et le développement du pays sont le cadet des soucis du gouvernement, comme c’était toujours le cas pour les gouvernements d’avant qui n’ont jamais raté l’occasion de montrer leur amour pour le peuple en le leurrant tandis que leurs membres vivent dans l’opulence révoltante. Ô que nos hommes politiques sont astucieux !

Rulio Oscar

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