Hommage à John McCain, un Américain avant d’être un républicain

« Vous avez des convictions, mais elles ne sont jamais partisanes. Vous les défendez avec force. Mais vous êtes loyale envers vos adversaires comme vous êtes loyale envers vos amis. Vous êtes un modèle d’indépendance. Plus d’une fois, vous trouvez le courage de vous opposer à ceux qui vous sont proches et de prendre, parce que vous pensez qu’ils n’ont pas toujours tort, le parti de ceux qui sont plus éloignés de vous… »
Il nous a fallu une bonne trentaine de minutes pour penser aux proverbes et citations que nous avons dans le passé lus sur les partis politiques et la non partisannerie, avant de nous rappeler de cette réponse de Jean d’Ormesson au discours de réception de Simone Veil à l’Académie française le 18 mars 2010. De toute évidence, nous voulions commencer ce texte qui mettra à l’honneur John McCain, le sénateur de l’Arizona, avec quelque chose digne de ses luttes et convictions.

En fait, qui est John McCain ?

Né le 29 août 1936, John Sydney McCain est un politicien et sénateur américain représentant l’état d’Arizona depuis 1987. Fils et petit-fils de deux hauts gradés dans l’armée américaine, sénateur McCain a les affaires militaires dans le sang. Après sa graduation à l’Académie navale des États-Unis en 1958, Il est devenu un aviateur et a piloté des avions d’attaque au sol à partir de porte-avions. Pendant la guerre du Vietnam, tandis que McCain effectuait une mission de bombardement sur Hanoï en octobre 1967, il a été abattu, gravement blessé et capturé par les Nord-Vietnamiens. Prisonnier de guerre jusqu’en 1973. McCain a connu des épisodes de torture et a refusé une offre de rapatriement précoce hors séquence. Les blessures qu’il a subies pendant cette guerre lui ont laissé des handicaps physiques permanents. En 1981, au grade de Capitaine, il a pris sa retraite de la marine américaine et a déménagé en Arizona, où il a débuté sa carrière politique. En 1982, McCain a été élu à la Chambre des représentants des États-Unis, où il a servi deux termes. Il a été élu pour la première fois au Sénat américain en 1986 et a facilement été réélu cinq fois, y compris récemment, en 2016.
Si au niveau de la chambre des représentants et du sénat John McCain avait la clé du succès de toutes les élections dans lesquelles il avait participé, la chance ne lui a pas souri à l’échelle présidentielle. Car, en l’an deux milles, il a été battu par George W. Bush dans les primaires républicains et en 2008 par le fougueux sénateur de l’Illinois Barack Obama.
Dans le Palanquin des larmes, Chow Ching Lie a écrit quelque chose de tangible : « Nous venons au monde avec quatre grandes souffrances à connaître : la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. » Depuis déjà un bail, le sénateur fait face à de graves problèmes de santé. Entre autres le cancer de la peau avec lequel il a été diagnostiqué plus de 10 ans de cela, McCain se bat contre une forme agressive de cancer du cerveau depuis plus d’un an. Hélas ! Comme avait dit l’autre, la vieillesse et la maladie s’entendent à merveille pour faire de nous des ombres de ce que nous avons été.

Qu’est-ce que John McCain a été ?

John Sydney McCain a été et est encore un politicien républicain. En dépit de ses convictions et appartenance politiques, en tant que sénateur, il a toujours su comprendre que « rien n’est plus libérateur que de se battre pour une cause plus grande que soi-même. » En effet, McCain, à travers sa façon de voter pendant toutes les années à la chambre du sénat, a souvent montré que son pays vient avant son parti politique. Il n’a jamais peur, quand il le faut, de défier l’aile dure de son regroupement s’agissant de trouver un modus operandi avec les démocrates. Nos responsabilités, a-t-il lui-même dit, sont d’une importance vitale pour le succès continu de notre république… Les membres les plus vénérés de cette institution ont accepté la nécessité du compromis afin de travailler progressivement à la résolution des problèmes du pays et de le défendre contre ses adversaires.

John Sydney McCain vs Donald Joseph Trump

Dès le début de la montée de Donald Trump, John McCain, comme tous les Américain clairvoyants et intelligents d’ailleurs, savait pertinemment que l’actuel locataire de la Maison Blanche était dangereux, immoral, incompétent et de fait, n’avait pas le tempérament pour devenir le président des États-Unis. Qui ne se souvient pas des attaques virulentes que Donald Trump a lancées contre le sénateur McCain, y compris celle dans laquelle il a déclaré que ce dernier n’est pas un héros pour la simple et bonne raison qu’il était capturé pendant la guerre vietnamienne. Convient-il de signaler qu’avec plus de tact et de maîtrise le sénateur de l’Arizona, contrairement à ses pairs républicains, n’a jamais mis de l’eau quand il doit critiquer Trump et sa démence.

L’exemption des larmes de crocodiles dans les funérailles de John McCain

Dans son idiotie, il se peut que Donald Trump n’ait jamais compris l’envergure de l’affront qu’il avait fait au sénateur lorsque, dans une campagne électorale, il mettait en question son héroïsme. John McCain avait frôlé la mort lorsque l’avion qu’il pilotait fut abattu par les tirs ennemis. Torturé à de multiples reprises dans les geôles vietnamiennes durant ses cinq années d’emprisonnement, il avait connu les pires atrocités au point qu’il ne peut, jusqu’à présent, porter sa main droite à la tête.
Pendant sa vie, bien ou mal vécue, l’octogénaire a sans nul doute pris beaucoup de décisions. Des décisions dont il est fier, comme celle de s’intégrer dans l’armée américaine. Comme tous les gens humains, il est des décisions qu’il a prises, qu’il regrettera même au de-là de sa mort, le choix de Sarah Palin en tant que son vice-président lors de la course à la Maison Blanche en 2008, par exemple. Toutefois, que ses décisions fussent bonnes ou mauvaises, John McCain ne semble pas être quelqu’un qui laisse les gens, si proches qu’ils soient de sa personne, décider pour lui.
La preuve en est bien grande ! À l’approche de sa mort, bien qu’il lui soit impossible de choisir tous les gens qui assisteront à ses funérailles, il décide, et ceci avec fierté et autorité, qui n’y sera pas présent. En effet, d’après ce que les médias ont rapporté, McCain a dit ne pas vouloir que Donald J. Trump soit à ses obsèques.
Il est important de signaler que plus d’un estime qu’il s’agit d’une dernière vengeance de l’homme politique contre Donald Trump qui n’a jamais raté une occasion de le critiquer fielleusement. Outrage secret, dit-on, vengeance secrète. Le sacrilège du locataire de la Maison Blanche, fait au sénateur de l’Arizona, n’est un mystère pour personne. Alors, quand on a affaire avec un homme sans cœur, un moqueur et un rancunier comme Trump, on se demande si l’interdiction qu’il assiste aux funérailles de l’octogénaire arizonien n’est pas un moyen d’éviter ses larmes de crocodiles plutôt qu’une vengeance. Toujours est-il, même avant sa mort, le sénateur a une fois de plus prouvé aux gens du monde entier sa non partisannerie en choisissant un démocrate, Barack Obama et un républicain, George W. Bush d’adresser l’assistance dans des éloges funéraires.
Sénateur McCain, Dieu, le Grand Architecte de l’univers est le seul qui sache quand vous allez faire le voyage. Nous autres qui vous avons suivi de très près, ce que nous savons, c’est que vous avez été un modèle non seulement pour les Américains de toutes tendances politiques, mais aussi pour les gens du monde entier qui croient qu’être antagonistes politiques ne veut pas nécessairement dire être ennemis acharnés. Ne sachant pas si nous devons vous souhaiter un bon rétablissement, nous nous contenterons de dire que vous êtes dans nos prières.

Rulio Oscar

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