Entre la gauche et la droite en Haïti, quelle alternative ?

Ça fait des dizaines d’années, voire des siècles que la politique dans le monde se divise en deux pôles : la gauche et la droite. L’histoire nous raconte que le vendredi 28 août 1789, pendant la Révolution française, une Assemblée constituante devait écrire la Constitution dans laquelle le droit de veto pour bloquer les lois qui seraient proposées, aurait été donné au roi. Les constituants votèrent en se déplaçant physiquement. Ceux qui étaient pour ce veto, c’est-à-dire en faveur du roi, se plaçaient à droite du président de l’Assemblée, tandis que ceux-là qui étaient contre et pour la limite du pouvoir du roi, se positionnaient à gauche. Point n’est besoin de vous dire, inestimables lectrices et lecteurs, que le clergé et la noblesse se placèrent majoritairement à droite, et le tiers-état, à gauche.

Pourquoi spécialement à gauche et à droite ?

D’après beaucoup d’historiens du temps ancien, ce choix remonte au moins à la Bible, quand David accède au pouvoir. Le texte dit symboliquement qu’il s’assoit à la droite de Dieu. Il en est le bras exécutant. Or Dieu est conçu comme… droitier, comme la plupart des gens !
Les constituants de gauche aspiraient à un avenir meilleur, ce qui signifiait pour eux plus égalitaire, plus solidaire et souhaitaient renverser un ordre économique et politique qui leur était défavorable. Du côté de la droite, les nobles et le clergé préféraient conserver la hiérarchie traditionnelle, tant politique qu’économique. Nous espérons, mesdames et messieurs, que cette approche permet de vous faire une idée de la droite et de la gauche.

La réalité haïtienne

« Si le peuple d’un pays comprenait son pouvoir quantitatif, il opterait ou bien pour le changement drastique des conditions dans lesquelles il vit, ou bien pour la mort purement et simplement ; il y a plus d’honneur de mourir debout qu’à genou. »
Jusqu’en 1990, en Haïti, la gauche n’existait pas. Si vous le permettez, je me corrigerai en disant que la gauche ne s’organisait pas, jusqu’en 1990, avec le père Jean Bertrand Aristide, l’homme qui a osé défier le Vatican par le biais du Monseigneur François-Wolff Ligondé qui voulait éteindre la voix de la majorité en transférant le prêtre de Saint Jean Bosco à l’étranger. Serait-ce de la partisannerie ou un manque d’éthique si nous vous disions que c’était à partir de ce moment-là que l’ancien président et son mouvement Lavalas ont eu notre cœur ? A propos, les idées que nous avions conçues sous le commandement de Raché Pwèl à Léogâne après le coup d’état de 1991 auraient pu nous coûter la vie.

Qui se ressemble, dit-on, s’assemble

Si David n’avait pas honte de dire qu’il était né dans l’iniquité et que sa mère l’avait conçu dans le péché, nous n’aurons pas honte non plus de dire que nous sommes le fils d’une pauvre paysanne qui achetait à crédit des sacs de riz, de maïs, des pois rouge et noir, des gallons d’huile d’olive, en d’autres termes des provisions alimentaires de toutes sortes qu’elle revendait au marché communal de Léogâne afin de pourvoir à la nourriture et à l’instruction de ses quatre enfants, y compris votre serviteur. A la lumière de tout cela, nous n’avons pas besoin de passer par quatre chemins pour vous dire que nous aussi, nous faisons partie de la gauche et que, comme le tiers-état, nous aurions choisi de nous placer au côté gauche du président de l’Assemblée Nationale tout en optant pour un renversement de l’ordre économique et politique qui n’est pas en notre faveur.

Admettons honnêtement le problème de la Gauche

Le problème de la gauche est le problème de tous les Haïtiens et de tous les politiciens qui veulent se démarquer de la lutte populaire et majoritaire. L’homme aux abords du pouvoir, a dit Frédéric Marcelin dans Thémistocle Épaminondas Labasterre, n’est pas l’homme au pouvoir. Ce que les leaders de la gauche ne reconnaissent pas, par manque d’intelligence ou le désir de s’enrichir à une vitesse vertigineuse, c’est qu’ils pourraient avoir la totale confiance de la majorité de la population. Pourtant, ils choisissent de réussir seuls et d’être à couteaux tirés tandis que la population souffre tout en les observant. 
Il y a trop de divisions dans la gauche. C’est triste et même écœurant de constater à quel point que des haïtiens appartenant à la même classe s’entredéchirent. Ils se disent de la gauche. Pourtant, au lieu de faire front commun pour prendre le pouvoir afin de faire une véritable révolution où des hommes et des femmes comme nous, avons aussi nos opinions au timon des affaires de notre pays, ils créent leur propre petit regroupement pour l’obtention d’une pitance du CEP en s’inscrivant comme chef de fil d’un parti politique lors des élections. 
A côté de la division et de l’ambition du pouvoir qui gangrènent la gauche, il y a aussi le populisme et la tendance à la violence qu’il convient de considérer. Si les discours de l’ancien président Jean Bertrand Aristide avant 1990 nous ont bel et bien eu à cette époque-là, ces mêmes discours à l’heure actuelle feront plus de tort que de bien à la gauche. Par ailleurs, nous ne sommes pas contre les manifestations. Cependant, celles qui détruisent les biens de paisibles citoyens sont condamnables et elles sont inacceptables. Comme l’ignorance et l’incompétence de certains leaders, la violence ne peut que répugner la classe intellectuelle, la jeunesse en particulier qui souhaiterait adhérer au mouvement de la gauche.

L’alternative

S’il fut un moment, dans l’histoire contemporaine de notre pays, où des centristes comme Marc L. Bazin, Gérard Gourgue, pour ne citer que ceux-là, auraient pu accéder à la magistrature suprême de l’état, ce n’est plus possible à l’heure actuelle. Ce n’est pas sans raison que nous parlons souvent de l’échec de la classe politique en Haïti. L’homme qui prône des idées populistes, qu’il soit de la gauche ou de la droite, est celui pour lequel le petit peuple, par manque d’éducation civique et politique, ira voter tandis que le reste de la population restera chez lui. Jusqu’à ce que la classe politique haïtienne se ressaisit, le choix pour occuper le palais national est binaire. C’est-à-dire, il s’agira toujours ou bien de la droite ou de la gauche. IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVE !
Amis de la patrie commune et compatriotes de la gauche, la constitution de 1987 même amendée, ne reconnait pas deux termes présidentiels consécutifs. Alors, si vous voulez être président, l’unité et l’alternance sont les seules options que vous ayez.

Rulio Oscar

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