Les causes de la dépréciation de la gourde en Haïti

Lors de mon dernier passage en Haïti deux ans de cela, j’avais séjourné à l’hôtel Marriott situé à Turgeau. Le confort, convient-il de signaler, n’avait rien à envier à d’autres hôtels, qu’ils soient à Montréal, à Paris, à New-York ou à Londres. D’ailleurs, il s’agit de Marriott, l’un des plus grands noms dans l’industrie hôtelière dans le monde ! Franchement, pendant la semaine passée dans mon pays, les Etats Unis ne m’avaient nullement manqué. Le bas blessait quelque part La distance entre l’aéroport International Toussaint Louverture et l’hôtel est à peu près 8 kilomètres. Si l’hôtel doit envoyer un chauffeur vous chercher à l’aéroport et vous déposer la date de votre retour, il vous charge $90.00 US. Le premier matin réveillé à l’hôtel, je descendais au restaurant pour aller prendre mon petit déjeuner ayant constitué, si je me rappelle, d’un peu de céréales, de l’omelette et d’un verre de jus d’orange. Quand je finissais mon repas, j’étais dans l’étonnement de constater que les quelques grains de céréales, l’omelette faite de deux œufs et le verre du jus d’orange que j’avais consommés me coûtaient $48.00 US. Comme mon déjeuner était inclus dans le prix des nuits que j’allais passer à l’hôtel, la serveuse qui m’apportait la facture retournait bredouille. N’appliquant pas encore les conseils selon lesquels on devrait manger, les matins, comme un roi, à midi comme un prince et les soirs comme un pauvre, point besoin de vous dire le montant de mes factures pour le lunch et le diner. La chose la plus étonnante, c’est qu’on me chargeait $10.00 US pour une bière Prestige alors qu’en face, la veille de mon départ, j’avais payé seulement $1 pour la même bière. Les causes de la dépréciation de la gourde J’ai fait mention de mon expérience à l’hôtel Marriott pour peindre une réalité ; réalité selon laquelle les grandes entreprises et ceux qui ont les moyens en Haïti imposent leur prix et choisissent s’ils vous chargeront en gourde ou en dollar. Dans tous les pays sérieux, les prix des produits sont règlementés et que les chefs d’entreprise doivent se soumettre à ces règlements. En Haïti, c’est le monde à l’envers, comme nous le disons souvent. Pourvu qu’on ait le capital, les gouvernements vous laissent le champ libre. La chose la plus triste, c’est que, ces grandes chaînes hôtelières et ces « gros zouzounes ne payent qu’une pitance à leurs employés tandis que, s’agissant de leurs produits, c’est à prendre ou à laisser Un pays qui ne produit pas, est dans l’impossibilité de nourrir et de rendre heureux son peuple à moins qu’il ait des moyens adéquats d’importer ce dont le peuple a besoin. Après qu’on nous a fait tuer nos cochons créoles qui étaient les banques des paysans, abattre nos cocotiers et tant d’autres produits agricoles, nous sommes devenus totalement dépendants de l’étranger. Ce n’est pas sans raison que presque tout ce que les Haïtiens consomment à l’heure actuelle, viennent de la République Dominicaine. Quand vous achetez tout à l’étranger, non seulement vous dévalorisez votre monnaie, puisque vous devez payer ou bien en dollars, qui est la monnaie internationale ou bien en monnaie du pays qui vous vend, mais aussi vous contribuez à la progression du pays vendeur et à la régression de votre propre pays. Par ailleurs, les officiels du gouvernement se fichent royalement de l’état délabrant du pays. Quant à la dépréciation de la gourde, n’en parlons même pas puisqu’ils sont payés assez de gourdes pour la conversion du dollar vert dont ils ont besoin pour se pavaner. Le plus souvent, à la montée d’un nouveau gouvernement, les anciens véhicules ne seront pas récupérés voire utilisés. Ils puisent dans la pauvre caisse de l’état pour acheter de nouvelles voitures tout terrain 4×4, des pickups à double cabines, etc… Il convient de noter que ces véhicules de luxe ne sont pas achetés en gourdes mais plutôt en dollars. Alors, que voulez-vous ? Je me rappelle avoir peint Haïti, notre mère patrie comme une vache maigre que ses propres fils traient et devant laquelle ils ne se donnent même pas la peine de jeter un brin d’herbe. Ils se querellent pour garder le plus longtemps dans leur bouche les trayons de la vache tandis que d’innombrables filles et fils de cette même vache ne font que les regarder impuissants. Chers compatriotes, la situation est alarmante pour nos frères et sœurs en Haïti qui ne savent pas à quel saint se vouer. Celles et ceux qui ont des parents ou des amis à l’étranger reçoivent certes de l’argent en US. Mais cependant, après avoir converti les $50 ou $100 qu’on leur a envoyés en gourdes, ça disparaît comme la fumée à cause du prix des produits de première nécessité. Par exemple : « Yon regim banan kap vann $150HT, Yon plat manje $50HT. Yon galon gaz $42HT. Yon sac ciment $90HT… Yon kous machin Leyogane-Potoprins $10HT. » (Puisé de la page d’un ami 2 mois de cela) Tout en vous remerciant d’avoir lu ce texte jusqu’à cette ligne, nous vous disons à bientôt pour notre proposition de solutions. Rulio Oscar, le 4 avril 2017 King of Prussia, PA – USA

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