Avons-nous le droit d’être en colère ?

L’Internaute.com définit colère comme étant une grande irritation, un violent emportement qui se traduit par de l’agressivité. Pour le Parisien, la colère est le mécontentement très vif accompagné d’agressives manifestations, l’émotion forte causée par un sentiment de grief.
La définition du mot colère que j’adore le plus, c’est celle de Santé-Médecine : « Une émotion vive qui se caractérise par un sentiment de rage intérieure, qui monte crescendo c’est-à-dire qui s’amplifie. Elle est généralement liée à un élément déclencheur précis, dépendant d’une situation. La colère peut être essentiellement interne, rester contenue « en dedans », ou bien s’exprimer « en dehors » par des marques physiques telles que les larmes, les cris, les pleurs, les gestes. Dans tous les cas, il s’agit d’un bouleversement du terrain psychologique de base, qui vient perturber la personne qui la subit.
La colère, est-elle de Dieu ou du diable ?
Des gens, particulièrement des religieux pourraient bien avancer que la colère n’est pas de Dieu, mais plutôt du diable et que, ipso facto, c’est un péché, cette émotion. Loin de vouloir contrecarrer ces gens-là, je dirai que Dieu lui-même, en maintes occasions, étaient en colère contre l’homme et ses péchés. Par ailleurs, dans le nouveau testament, il nous est rapporté que Jésus était lui aussi en colère contre les marchands du temple. Que la colère soit du diable ou de Dieu, un péché ou une vertu, j’espère que vous serez unanimement d’accord que ce n’est pas bon pour la santé.
Pourquoi et contre qui être en colère ?
Dans un texte qui nous avait été envoyé par un ami et que nous avions partagé récemment dans le groupe, nous avions parlé de l’insouciance au plus haut niveau des Haïtiens, d’après l’ingénieur polonais, Josef A. Grekowicz, envoyé par une compagnie française en Haïti en 1881 pour effectuer une étude sur une éventuelle installation de chemins de fer. Il convient de noter que cette insouciance n’est pas seulement au niveau des gens qui aspirent au pouvoir, elle est dans une certaine mesure, chez tous les Haïtiens. En effet, la plupart de nos compatriotes sont nonchalants et je-m’en-fichistes. Pour eux, ce n’est pas grave qu’on les prive de leurs droits les plus fondamentaux. Jamais ils ne lèveront leur plus petit doigt ou faire entendre leur voix pour dire à leurs oppresseurs « enough is enough » comme le diraient les Américains.
Il faut dire que les haïtiens insouciants se divisent en 3 catégories : Les grands mangeurs et assassins du pouvoir et de la bourgeoisie, les je-m’en-foutistes de la classe moyenne et le petit peuple des bidonvilles, des sections communales et des coins les plus reculées du pays. Je comprends l’insouciance des gens appartenant à la première catégorie puisque le moyen le plus rapide de faire et de consolider leurs millions est de se fermer les yeux et de se boucher les oreilles face aux souffrances de la population.
Ce qui m’est inexplicable et même inconcevable, c’est la somnolence et la résignation du peuple qui semble ignorer leur pouvoir majoritaire et quantitatif. Ils mangent de la boue et s’habillent en haillons ; ils souffrent de tous les maux qui existent et meurent de faim. Le pire, c’est qu’ils se rejettent la responsabilité de leur pauvreté et de leur misère.
La Diaspora n’est pas exempte
Nombreux sont les Haïtiens vivant en Haïti qui considèrent nous autres de la Diaspora comme des gens heureux, des gens riches. Heureux, la plupart de nous le sont. Cependant, il convient de signaler pour eux que notre bonheur n’a rien à voir avec la belle voiture que nous roulons ou la belle façade de notre maison. En Amérique du nord, surtout aux Etats Unis, tous les jours et toutes les heures, qu’il s’agisse du dimanche ou du mercredi, de midi ou de minuit, sont les mêmes. Nous travaillons dur pour payer entre autres la voiture et notre prêt hypothécaire, mais aussi nos factures d’électricité, d’eau potable etc… Pour leur information, je répèterai mon ami Glodel St. Fleur en disant que la vie en Amérique du nord n’est pas facile.
L’impôt minimum forfaitaire de dix mille gourdes que doivent payer les durs travailleurs de la Diaspora
Nous le savons tous, les Haïtiens à l’étranger sont la vache à lait de l’économie haïtienne. Malheureusement, une vache, même dans notre pays, est mille fois mieux traitée qu’un Haïtien de la Diaspora à qui notre constitution enlève le droit d’haïtien. Si l’on sait que la veille, on doit bien nourrir la vache de bonnes herbes vertes appelées chendan dans le vernaculaire, pour qu’elle puisse donner du lait à profusion le lendemain, nous, filles et fils authentiques du pays qui, pour une raison ou pour une autre, sommes détenteurs d’un passeport français, canadien ou américain, sommes traités en enfants de parents pauvres. Pourtant, suivant le budget 2017-2018 de la république d’Haïti, les demandes de certains services sont assujetties à la présentation d’un certificat de déclaration définitive d’impôts. Les personnes dont le domicile fiscal est situé hors d’Haïti (i.e.) les gens de la diaspora devront payer un impôt minimum forfaitaire de 10,000.00 gourdes.
Où est le problème si tout irait bien ?
Les Qatariens, les Luxembourgeois, les Norvégiens, les Singapouriens et même les Américains dont le pays est classé en 13ème position parmi les plus riches du monde, ont de bonnes raisons d’être fiers de leur pays respectif. Compte tenu des images hideuses en provenance d’Haïti, des lapidations des fonds par les hommes au pouvoir tandis que nos frères et sœurs souffrent atrocement, nous ne sommes pas du tout fiers du pays. Cependant, malgré tout, où que nous soyons, nous aimons indiscutablement notre pays et nous sommes fiers d’être Haïtiens.
L’équivalence de 10 000 gourdes est au voisinage de $160 US si l’on tient compte du taux actuel de la gourde par rapport au dollar. Si tout irait bien, je ne vois pas où est le problème. D’ailleurs, j’ai toujours prôné et je prône encore une Haïti plus économique avec l’aide de la Diaspora. Au prime à bord, il faut amender la constitution et reconnaitre sans demi-mesure la double nationalité et permettre que les Haïtiens d’outremer d’avoir les mêmes droits civiques et politiques que ceux dans le pays.
Quel que soit le gouvernement sérieux qui veut changer le statut d’Haïti, du pays le plus pauvre de notre hémisphère à la perle des Antilles qu’elle était jadis, on doit prioriser l’intégration sans condition de la diaspora.
L’histoire nous raconte qu’en 1764, le Parlement anglais, influencé par le ministre des finances George Grenville, décidait d’imposer une série de taxes aux colons. Cette mesure était la première de toute une panoplie d’autres lois qui allaient provoquer la colère des marchands américains. Nous autres de la Diaspora haïtienne, entant que fils et filles de notre nation, nous avons le droit d’être représentés que ce soit au niveau de l’exécutif qu’au niveau de législatif. Notre représentation aux timons des affaires de notre pays devrait être la condition sine qua non à toute taxation ou n’importe quel autre impôt.
Si le gouvernement veut nous imposer cet impôt minimum forfaitaire de dix mille gourdes sans reconnaître la double nationalité purement et simplement, nous devrions utiliser toutes les armes que nous avons à notre disposition pour faire arrêter cette décision. Car, nous aussi, nous avons le droit d’être en colère.
Rulio Oscar,
Montréal, Canada

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